Nicolas Delsaux reviewed Instinct de L Equarrisseur by thomas-day
Review of 'Instinct de L Equarrisseur' on 'Goodreads'
5 stars
Je n’irai pas par quatre chemins. C’est un excellent roman d’aventures totallement délirant(1). Il se situe, pour moi, dans une lignée de romans qui ferait se rejoindre [book:Sans parler du chien], [book:Les voies d’Anubis], avec toutefois le style propre à [author:Thomas Day] qui lui donne tout son sel. Il me semble en effet délicat, même pour [author:Connie Willis] ou [author:Tim Powers] de transformer Sherlock Holmes en assassin royal(2) et Watson en savant fou, le tout dans un monde de la fin du XIXème ressemblant d’une manière étonnante aux illustrations, du même XIXème, décrivant Paris en l’an 2000 (j’allais presque oublier de parler des pacifiques extra-terrestres).
Bref, dans ce roman, dont l’organisation en chapitres dont les titres commencent tous par où ...(3) en hommage à la littérature de [author:Conan Doyle], l’auteur fait à mon sens sienne la maxime "On peut violer l’histoire, mais à la condition de lui faire de beaux enfants !". Et c’est bien le cas. Par ses images, innombrables et toujours spectaculaires, par ses intrigues soigneusement huilées, par ses personnages tout à fait pittoresques (l’apparition de [author:Jack London] est ainsi un modèle du genre), [author:Thomas Day] fait encore une fois(4) preuve d’une maîtrise de l’écriture tout bonnement ahurissante pour nous servir un récit dont il a le secret. C’est ainsi par exemple que plusieurs scènes m’ont un peu surpris (par exemple une scène entre Shiva et Moriarty dans la cathédrale de York(5)).
Il y a toutefois quelque chose qui me trouble dans ce récit. Dès le départ, l’auteur considère Holmes comme un sadique fini, ne connaissant, de par son titre, qu’une seule peine pour les coupables (la mort). Et, alors que celui-ci prend un plaisir évident à massacrer les coupables, le frisson de la thanatine ne l’effleure pas. Bien sûr, on n’est pas ici dans une science-fiction "dure" comme de la hard-science où chaque invention se doit d’être un minimum explicité. Mais il y a là une faille, à mon sens, dans les déductions de l’auteur et de Holmes. Ou peut-être est-ce un superbe effet de style, destiné à nous faire comprendre que, si Holmes utilise plusieurs fois l’expression "la face claire des ténèbres"(6), ce n’est pas seulement parce qu’il utilise ses ténèbres pour faire le bien, mais aussi parce que, bien que connaissant la possibilité d’utiliser la thanatine, il préfère ne pas s’en servir. Mais à la réflexion, ce n’est pas une hypothèse valable puisqu’il explique dans l’épilogue qu’il utilise la drogue pour combattre les effets du manque de violence. C’est donc un superbe roman, que je ne peux que vous exhorter à lire, pour plusieurs raisons : d’abord, parce que le jeu uchronique entre les deux réalités est très amusant, mais aussi parce qu’il est emblématique de ce que je peux voir du style Day : très bien écrit, et très violent.
(1) L’expression foutraque peut aussi venir à l’esprit.
(2) Avec tout de de même une classe infiniment supérieure à ce qu’on trouve dans [book:l’apprenti assassin]
(3) Il me semble que c’est également le cas dans [book:Sans parler du chien]
(4) Encore une fois pour moi. Puisque j’ai lu avant ce roman [book:La voie du sabre] qui a été publié après [book:L’instinct de l’équarisseur]
(5) L’exploration de la ville de York par Shiva et son serviteur est à mon sens un vrai morceau d’anthologie, une espèce de roman incrusté dans le roman, un camé qui rompt totallement le rythme, le style et l’orientation du récit initial pour mieux le mettre en valeur, à mon sens.
(6) Qui est d’ailleurs le titre de la nouvelle dont s’inspire [author:Thomas Day] pour la base de ce roman.
